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AURÉLIEN MAILLARD

A travers la série des « impacts », Aurélien Maillard construit des sculptures ambiguës. A première vue, il s'agit d'éraflures, d'incisions, de coups portés avec force à la cimaise de l'espace d'exposition. Le spectateur perçoit immédiatement la forme comme le résultat d'une empreinte violente d'un geste spontanée. Avec le recul, la netteté de la forme, l'absence de gravats et surtout l'échelle de cet «impact» intriguent. Quel corps, quels outils auraient pu abîmer aussi graphiquement les cloisons? Quelle rage muette aurait pu motiver une telle agression? Progressivement, on devine la simulation, la construction lente et patiente derrière la fluidité de la trace d'un geste profondément inscrit dans la matière et en même temps complètement virtuel. Les impacts sont de véritables trompe-l’œil sculpturaux qui jouent d'une séduction immédiate pour mieux susciter la réflexion.

« Impact », au sens propre le terme renvoie à la violence d'un contact physique sur un corps. Impact de balle, impact meurtrier d'une bombe. On emploie également ce mot dans d'autres guerres, celles que livre la communication par exemple. On mesure à coup de sondages l'impact dans l'opinion de slogans, d'images, de messages ou de concepts marketing. Il ne s'agit plus alors de percuter des corps, mais des esprits, des consciences pour y laisser une trace décisive pour la suite du combat politique, économique ou artistique... Les impacts d'Aurélien Maillard ne sont pas sans évoquer ce que l'hyper compétitivité de la société contemporaine peut avoir de brutal. Les impacts montrent une violence élevée au rang d'abstraction graphique dont la présence objectivée peut faire froid dans le dos.

Les impacts rappellent également un geste très primitif d'affirmation de soi, d'appropriation agressive ou amoureuse d'un espace : graver un signe dans une surface pour laisser la trace d'un passage, d'une présence au monde. Les gravures pariétales de la grotte de Rouffignac autant que les graffiti photographiés par Brassaï témoignent de l'universalité de ce geste. Dans ses impacts, Aurélien Maillard fusionne l'impulsion d'un geste primitif avec la sophistication d'une simulation d'un phénomène aléatoire qu'on croirait tout droit sortie d'un logiciel de modélisation en trois dimensions. Comme dans 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, les origines de l'homme rejoignent la complexité technologique dans une synthèse vertigineuse qui s'offre à la contemplation du spectateur.

« L'impact » n'est pas seulement « agressif », il se fait aussi séducteur. Chaque pièce est soigneusement ouvragée. Le geste de l'artiste presque artisanal – précis et précieux – construit patiemment l'illusion de la trace d'un autre geste aussi fluide que virtuel à l'instar des Brushstrokes de Roy Lichtenstein. Mais loin de l'objectivation ironique de l'artiste américain, il se dégage des impacts une énergie rock, un investissement libidinal, un groove sexy qui s'étale sur les murs d'un white cube amoureusement saccagé. L'incision du support comme dans les tableaux de Lucio Fontana est une opération aux connotations sexuelles assez évidentes. La présence de ces puissantes empreintes virtuelles que sont les impacts nous renvoie à ce que nous sommes peut-être : des êtres infiniment sophistiqués travaillés par des peurs et des pulsions sans âge. Dans un monde aseptisé et contrôlé comme jamais auparavant, la présence accidentelle de la vie dans l'univers demeure une béance insondable, une source infinie d'interrogation et de contemplation. Et c'est aussi de cela dont nous parle les « impacts » d'Aurélien Maillard.