
COMME ELLE VA
LAURENT DELECROIX
La galerie Bacqueville est heureuse de présenter le second solo show de Laurent Delecroix.
Laurent Delecroix construit une œuvre qui interroge les conditions d’existence de la peinture. Non pas ce qu’elle représente, ni même ce qu’elle signifie, mais ce qui lui permet d’apparaître, de se maintenir et de durer. Pour cela, l’artiste met en place des protocoles qui déterminent les rapports entre format, couleur, outil, support et espace d’exposition. Ces contraintes ne cherchent pas à contrôler l’œuvre mais à déplacer l’attention vers ce qui rend l’expérience picturale possible. La couleur apparaît progressivement. Le geste s’efface derrière sa répétition. Le regard ralentit.
Depuis ses premiers gradés jusqu’aux œuvres les plus récentes, Laurent Delecroix explore ainsi des états de seuil. La peinture y existe rarement comme une affirmation. Elle se manifeste davantage comme une présence en devenir, une vibration, un passage entre la chose concrète et la chose mentale. Les œuvres semblent parfois hésiter entre tableau et objet, surface et architecture, image et expérience. Elles entretiennent avec le monde un rapport discret mais persistant, préférant le déplacement à la démonstration, l’écart à l’évidence.
"Comme elle va" rassemble plusieurs ensembles réalisés au cours des dernières années ainsi qu’un groupe inédit d’œuvres développées à partir de peintures anciennes conservées au musée des Beaux-Arts d’Arras. En attente de restauration, certains de ces tableaux anciens sont partiellement recouverts de papier japon destiné à maintenir les couches picturales fragilisées. Laurent Delecroix prélève les contours de ces zones de protection pour en faire le point de départ de nouvelles peintures. Les figures disparaissent. Les récits s’effacent. Ne demeurent que les surfaces qui permettent à l’image de persister lorsqu’elle cesse momentanément d’apparaître.
Cette opération ne constitue pourtant ni une archive, ni une citation, ni une reproduction. Elle prolonge une interrogation déjà présente dans l’ensemble de son travail. Depuis longtemps, l’artiste déplace l’attention vers ce qui soutient silencieusement l’apparition de la peinture : une lumière, un rythme, un protocole, un support, une vibration sonore, un espace.
Les œuvres issues du musée d’Arras rendent visible une autre condition de cette apparition : le soin. Non plus seulement ce qui fait naître la peinture, mais ce qui lui permet de traverser le temps. Pour la première fois peut-être, la peinture rencontre ici sa propre vulnérabilité historique. Le monochrome, la couleur, le geste répété ou l’expérience perceptive se trouvent confrontés à la durée, à l’altération et aux opérations qui permettent aux images de traverser le temps.
Les œuvres réunies dans l’exposition composent ainsi un ensemble d’états. Certaines semblent émerger de la lumière. D’autres se développent à partir de dispositifs, d’objets ou d’architectures discrètes. D’autres encore prennent la forme de surfaces maintenues dans une condition provisoire. Toutes participent cependant d’une même recherche : comprendre ce qui demeure lorsque l’image se retire, ce qui continue d’agir lorsque la représentation s’efface, ce qui persiste lorsque la peinture paraît réduite à presque rien. Le titre de l’exposition agit alors comme une question adressée à la peinture elle-même.
Comme elle va.
Non comme un constat nostalgique, mais comme une interrogation ouverte.
Comment va la peinture aujourd’hui ?
Que transporte-t-elle encore ?
Que peut-elle encore produire ?
Que reste-t-il lorsque l’on retire le récit, le sujet, l’illusion, l’image ?
D’une œuvre à l’autre, Laurent Delecroix ne cesse de déplacer cette question. Et si les réponses demeurent incertaines, elles prennent ici la forme de surfaces silencieuses, de couleurs persistantes, de gestes répétés et de présences fragiles qui continuent, malgré tout, à tenir.
Exposition visible du 25 juin au 31 juillet 2026.
Vernissage le jeudi 25 juillet 2026, 18h - 21h30.
En présence de l'artiste.
Image ci-dessus : Laurent Delecroix, Painting Metod #4, 2026. Peinture acrylique fluorescente au pinceau, ossature métallique. Dimensions variables. Vue de l'exposition à L'être lieu, 2026. Photo : Laurent Delecroix
