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D'OÙ RAYONNE LA NUIT

David De Beyter x Raphaël Denis

Il n’est de figure de style plus parlante que cette antithèse, d’où rayonne la nuit, lorsqu’il s’agit de

mettre en tension les œuvres de Raphaël Denis et celles de David De Beyter.

Raphaël Denis propose de repenser les zones d’ombre de l’Histoire ; ces moments dont nous n’avons su tirer que trop peu de conclusions : la spoliation des collectionneurs juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, les différents ouvrages censurés à travers le monde, les autodafés de livres. Les processus de négation d’une forme ou d’une autre de savoir sont au cœur de cette recherche. Que reste-il de ces oeuvres spoliées, de ces livres brûlés, si ce n’est la marque désormais éternelle de leur absence ? Cette marque s’inscrit au graphite dans les œuvres ; ESM18, KRO5, LB108 sont autant de sigles redonnant corps à la propriété de Diana Esmond, de Joseph Kronig ou encore de M. et Mme. Levy de Benzion, tous collectionneurs juifs pendant la seconde guerre mondiale. Prenant appui sur le travail de référencement qui a été effectué par Rose Valland lorsque les œuvres quittaient la France pour rejoindre l’Allemagne, Raphaël Denis en vient à considérer une deuxième série comme essentielle : Vernichtet. Cette série, que nous pouvons traduire par « Détruit », met en lumière les tableaux disparus des suites de cette spoliation, ceux dont il ne nous reste rien, ceux qui ne brillent plus que dans l’esprit de celui qui observe un Vernichtet, le fantôme d’une œuvre disparue à jamais à laquelle Raphaël Denis redonne corps avec puissance et simplicité.

Cette esthétique de la disparition est le point vernal de l’œuvre de David De Beyter. À la lisière entre photographie documentaire et photographie expérimentale, celle-ci prend comme base des phénomènes sociologiques contemporains, tels que les big bangers ou l’ufologie.

Big bangers est une communauté regroupée autour d’une activité commune : le crash de voiture. Ayant suivi cette communauté pendant quelques années, David De Beyter en relate les actions à travers une série de photographies mettant en scène des formes en transition, les restes parfois incandescents de ces happenings à ciel ouvert. Autant de vestiges se déployant comme les symboles d’une société perdue entre l’exaltation et la désillusion face à un monde en proie aux flammes. Lorsqu’il s’agit de s’aventurer sur les terrains de l’ufologie - l’étude des Ovnis - David De Beyter procède autrement. Il traduit les controverses liées à cette pratique par une intervention directe de sa main sur le négatif. Il raye, frotte et projette, pour créer ces artefacts visuels qui, par leur ambiguïté, remettent en cause de manière douce et poétique la véracité des images qui nous sont données à voir. Les reliques anticipées de la déesse Technologie.

Ces deux artistes nous emmènent au plus près des zones d’ombre qui ponctuent notre histoire par le biais d’œuvres radicales, lumineuses à l’esprit, d’où rayonne la nuit.