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DELAGE + OLSON

Comment une image peut-elle naître de presque rien ? Un point ne dit presque rien. Il indique un postulat, une présence, une position, une quantité de lumière ou une intensité de couleur. Mais une multitude de points peut fabriquer une information suffisamment complexe pour que le regard y perçoive un visage, un corps, une scène ou une combinaison de couleurs. C’est autour de ce paradoxe que se construit "Dots", exposition consacrée au point comme unité minimale de l’image et de l’information.


Pour ses toiles peintes, l’artiste utilise le principe du halftone pour transformer des photographies en constellations de points. La taille, la densité et la répartition de ces points permettent de reconstruire les valeurs, les volumes et les traits d’un visage. À distance, le regard rassemble ces fragments et reconstitue une image presque photographique. En s’approchant, cette continuité disparaît : le visage se défait et révèle la multitude de taches de peinture qui le compose. Le spectateur fait ainsi l’expérience d’un double regard. Il voit d’abord l’image, puis les unités – informations – qui permettent à l’image d’exister. Cette tension entre perception globale et perception fragmentaire traverse l’ensemble de l’exposition.

 

C’est le même principe qui est à l’œuvre dans les œuvres lumineuses : ici, la matière est lumière. Les figures ne sont pas, à proprement parler, dessinées : elles naissent de la répartition entre le plein (de lumière) et le vide (l’obscurité), entre ce qui est visible et ce qui est retenu. D’autres œuvres utilisent des filtres en polyester issus de l’univers de l’éclairage cinématographique. Des structures complexes de points plus ou moins grands et plus ou moins resserrés permettent de produire des dégradés parfaits. Ces dégradés apparaissent ainsi comme une information que produit en réalité une addition savamment organisée d’unités de lumière imperceptibles en tant que telles.


Cette façon de construire l’image évoque plusieurs systèmes de représentation qui appartiennent à notre quotidien : photographie imprimée, halftone, pixels numériques, écrans ou encore technologies de projection. Tous reposent, sous des formes différentes, sur la capacité à produire une perception complexe à partir d’éléments simples. Mais les œuvres de "Dots" ne cherchent pas à reproduire le fonctionnement du numérique. Elles en proposent plutôt une expérience physique et sensible. La peinture, le découpage laser, le polyester, la transparence et la lumière rendent perceptible ce qui reste habituellement invisible : la structure qui se trouve sous l’image. Le point devient alors une forme de langage. Pris isolément, il est presque abstrait. Organisé avec d’autres, il devient porteur d’une information. Et c’est finalement le regard qui accomplit la dernière étape : il rassemble, interprète et transforme cette multitude de fragments en une image cohérente. 


À travers des médiums différents, l’exposition explore ainsi la frontière entre fragments et totalité, figuration et abstraction, matière et lumière, information et perception. Elle invite à varier la distance du regard, à passer de l’image au signe, du signe à la matière, de la matière à la lumière.

Exposition du 24 septembre au 7 novembre 2026.

Vernissage le jeudi 24 septembre, de 18h30 à 21h.

Image ci-dessus : February 17 (détail), 2026. Acrylique sur toile. 160 x 160 cm

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© Galerie Bacqueville

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