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GAUTIER DEBLONDE

​Né en 1969.

Vit et travaille entre Londres, Lille et Paris. 

Gautier Deblonde est un artiste photographe qui arpente et photographie depuis près de vingt ans les ateliers d’artistes à travers le monde : Ron Mueck, Ai Weiwei, Douglas Gordon ou encore Maurizio Cattelan sont autant d’artistes ayant accepté de se prêter au jeu... en leur absence.

 

C’est au total pas moins de 250 photographies qui, au fil des années, sont venues étoffer la série « Atelier ». Un tel travail d'archivage des coulisses de la création contemporaine mondiale est inédit, ce qui fait de cette série de portraits en creux, un travail unique. Une première partie a été publiée en 2014 aux éditions SteidlDangin.

Image ci-dessus : Atelier Claude Viallat, Nîmes, 2017

Gautier DEBLONDE - Atelier Imi Knoebel - 200 x 80 cm - 6000€_edited.png

SÉRIE « ATELIER »

Le travail de Gautier Deblonde semble relever d’une démarche à mi-chemin entre reportage, documentaire et création plastique. Peu pertinente apparaît dès lors la notion de hiérarchie entre ces trois genres chez un photographe tant familier du monde de l’information que sensible à celui des arts. A l’intersection des tendances, mais jamais à la dérive, Gautier Deblonde est un photographe qui aime lâcher prise, tout en conservant ancrés en lui discipline et sens du long terme : ainsi de sa série Atelier, maturée pendant près d’une décennie avant de donner lieu à un ouvrage publié par SteidlDangin en 2014.

De quoi s’agit-il ? De lieux. De rencontres. Et, parfois, de l’indicible : une lumière, une marque, une expression, un fragment d’objet ou de matière. Gautier Deblonde s’avoue fasciné par les traces que laisse toute activité humaine. En ressort un réel sens du détail, de ce qu’il fallait remarquer. Comme autant de pas de côté, pour suggérer ce qui peut arriver au sein de l’image ainsi qu’en dehors du cadre. Transparaît sans cesse, des portraits d’Artists publiés par la Tate Gallery en 1999 aux étendues blanches de l’Arctique souvent photographiées, la marque d’une subjectivité discrète et subtile, d’une esthétique de la vérité dénuée de toute froideur. Rejaillit à l’esprit ce « All is true » invoqué par Balzac à propos du réalisme lui aussi tant documentaire que romanesque de son Père Goriot. Mais avec un certain sens du décalage : Gautier Deblonde sait, quand le veut le contexte ou le sujet, se faire moins présent, se retirer, s’effacer.

La distance, voici peut-être la clé de toutes ces images. Car si pour Gautier Deblonde prendre la photographie d’un lieu ou d’un personnage relève avant tout d’une longue imprégnation du sujet et de sa bonne compréhension, c’est une présence comme distendue qui semble dominer chacune de ses séries. Matière à imaginer, à se construire sa propre histoire avec le sujet ? Sans doute. Mais aussi nécessaire respect de ce que croise l’objectif. Alors vient le moment de photographier. Sans impulsivité ni fugacité. Se pose la question du temps : une technique photographique plus lente, un nombre limité de prises de vue font de chacune de ces images un instant réfléchi, suspendu.

Le temps, donc : autre clé du travail de Gautier Deblonde, qui aime s’arrêter, contempler. Continuité dans la frontalité et recours à des pauses longues lui permettent d’instiller au cœur de ses images une véritable suspension du temps, capté autant que célébré. Un temps de contemplation, de réflexion, de repos. Un temps réel, tangible : celui d’un lieu, d’un objet, d’une personne, d’une vie. Il y a dans les photographies de Gautier Deblonde le sentiment d’un continuum furtif, d’une linéarité contemplative. Comme si, de l’atelier saisi en plein travail de Ron Mueck (le temps d’un film commandé en 2013 par la Fondation Cartier pour l’art contemporain, dont l’esprit d’arrêt « à l’œuvre » se retrouve dans son titre : Still Life. Ron Mueck at work) aux rives sans âge de Marie Galante, il ne s’agissait que d’une seule et même déambulation calme et savante de l’imaginaire, comme un long travelling latéral : on pense à la scène de l’embouteillage dans le Week-end de Godard, documentaire lui aussi doué d’une humeur. La démarche de Gautier Deblonde n’est d’ailleurs jamais tout-à-fait éloignée du cinéma : en témoigne sa collaboration avec la réalisatrice Lynne Ramsay sur le long-métrage Morvern Callar, au sujet duquel parût un livre chez ScreenPress en 2002. C’est dans cette logique que l’idée de répétition et de série intéresse Gautier Deblonde. Sans doute parce qu’il y retrouve cette discipline qui lui permet certaines audaces. Mais aussi de prendre un peu de ce temps et cette distance qui font toute la force de l’œuvre qu’il construit avec constance et sagacité.


Nicolas Valains

Image ci-dessus : Atelier Imi Knoebel, Düsseldorf, 2017

LES ARTISTES AU TRAVAIL
​Dans le prolongement de son travail photographique des vues d'ateliers d'artistes du monde entier, Gautier Deblonde les a également filmés dans leur processus de création.

Still Life : Ron Mueck at work (extrait)

Un film de Gautier Deblonde

Film HD, 48’03’’, 2013

Ma rencontre avec Ron Mueck, par Gautier Deblonde (Extrait)


« Je rencontre Ron Mueck pour la première fois en 1998. Le monde de l’art contemporain vient de découvrir ce jeune talent.

La Royal Academy de Londres organise l’exposition « Sensation : Young artists from the Saatchi Collection » en 1997. La sculpture Dead Dad, cadavre nu d’un vieil homme - le père de Ron -, d’une taille de cent deux centimètres, est exposée pour la première fois. C’est l’œuvre qui retient toute l’attention des visiteurs et des médias.


Le marchand d’art Anglais, Anthony d’Offay, la référence dans les années 90, lui offre sa galerie. Le succès est au rendez-vous et le nombre important de collectionneurs et de musées qui s’intéressent à ses œuvres le propulse dans la cour des grands. C’est à ce moment que je finis mon premier grand projet photographique, une série de portraits d’artistes appartenant à la scène artistique britannique. La Tate Gallery s’intéresse à mes images et me confirme la publication d’un livre. L’agent de Ron a vent de mon projet et me propose une rencontre avec lui. Cette première rencontre se passe dans un atelier de l’ouest de Londres. [...] »

Lire l'intégralité du texte de Gautier Deblonde ici

SÉRIE « TRUE NORTH »

« C’est grâce à une commande que j’ai effectué mon premier voyage dans le Svalbard, il y a trois ans. Je connaissais à peine son nom et j’aurais certainement eu du mal à placer cet archipel sur la carte, à mi-chemin entre le cap Nord et le pôle Nord. 

Il a été découvert en juillet 1596 par l’explorateur hollandais William Barents qui recherchait une route du nord pour la Chine. Il pensait que ces îles appartenaient au Groenland et les baptisa Spitsbergen (les montagnes à la pointe aiguisée). Leur nom est Svalbard (la côte froide) depuis 1920, quand l’endroit est passé sous la souveraineté de la Norvège. 

Voyager dans d’autres continents est évidemment dépaysant. Mais se retrouver à Svalbard, c’est changer d’univers. On y perd rapidement toute notion de lieu et de temps. Il fait continuellement jour pendant six mois de l’année et la nuit est totale pendant quatre mois. 

La lumière est certainement ce qui fait l’identité de Svalbard. Elle peut briller et éclairer avec une extrême netteté, mais très vite, elle peut devenir diffuse, douce, indécise, sombre. Elle joue avec ces paysages monochromes, et offre une palette de couleurs restreinte, mais si riche. 

D’une photographie à l’autre, la lumière change et accentue l’impression que tout est toujours à recommencer. C’est un appel aussi. Je suis retourné à cinq reprises au Svalbard. 

J’ai rencontré différentes communautés, comme à Barenstburg, village minier Russe existant depuis 1932, le dernier en Arctique. A son apogée plus de 1500 habitants y vivaient. Depuis, une certaine mélancolie s’est emparée du village, et lors de mon passage, ils n’étaient plus que 600. Cet été, faute de charbon à extraire, le nombre d’habitants était encore divisé par deux. La seule école a été fermée. Barenstburg vit ses derniers jours. 

Ny-Alesund fut ma nouvelle destination. Ancien village minier, trente scientifiques en hiver et jusqu’à cent en été y vivent désormais. Ils sont tous là pour calculer, mesurer les changements climatiques et atmosphériques, étudier la faune, la flore et la vie marine. Les résultats ne sont pas toujours bons… 

A l’image de Barenstburg, Svalbard vit peut être ses derniers jours. Ces terres si dures et si fragiles à la fois, sont victimes du réchauffement climatique : elles changent inexorablement. L’essayiste américaine Gretel Ehrlich les appelle The Vanishing Landscapes, les paysages qui disparaissent. » Gautier Deblonde, 2020