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LA NUIT, L'ARBRE ET LE MASQUE

ANNE BRETON

ALEXIS NIVELLE

La galerie Bacqueville est heureuse de présenter pour la première fois le travail d’Anne Breton et Alexis Nivelle, dont les univers, bien que différents, partagent un même attrait pour l’imaginaire et l’onirisme à travers des formes hybrides, ouvertes et énigmatiques.
 

J’ai enlevé le masque, et puis je l’ai remis.

Comme ça c’est mieux.
Comme ça je suis le masque.

- Fernando Pessoa


Anne Breton utilise pêle-mêle le dessin, le collage, la céramique, le textile, le laiton, la cire ou le bois. La facture raffinée et primitive de ses sculptures favorise l'expression de la matière brute. Une attention continuelle, que l’on devine soutenue et tendre, est portée par l’artiste aux textures, aux rapports de proportion, à l’élaboration naturelle de ses teintes. Un même soin méticuleux accompagne son travail de soclage, d’accrochage et de mise en espace. Les formes souples et ovoïdes imaginées par Anne Breton suggèrent, de prime abord, la douceur et le calme mais ces volumes protecteurs recèlent aussi une part sombre, nocturne, insondable. Comme des œufs, ils paraissent toujours habités par une forme de vie latente. Ou bien obscurément hantés, au-dedans.

Ici ou là, une excroissance, une bouche ou un nez, affleure… Dans la terre, des yeux éclosent parfois. Et une tête peut refaire surface à l’improviste — ou un masque. Idoles archaïques, sculptures contemporaines ou objets utilitaires, ces formes vivantes nous épient tandis que nous les regardons. Mais à quels rituels étranges et caressants sont-elles destinées ?

Dessinateur, Alexis Nivelle utilise des moyens simples : la mise en abîme et les crayons de couleur. Il dessine minutieusement des salons vides et des espaces désertés dans lesquels il met en scène des biens d’ameublement, ainsi que des tableaux qui ressemblent aux siens… Des peintures fictives, sortes de doublures coincées dans un méta-récit en suspens, dans une légende envahie d’ectoplasmes mais toujours au point mort.

Peintre, il aime mettre en scène sur la toile des vieux amis, des poncifs, des silhouettes récurrentes. Ces silhouettes sont déguisées (en formes géométriques, biscornues ou organiques) et constituent comme une petite troupe. La branche, le phylactère, le carré, l’étroniforme, la bulle ou la boule deviennent des acteurs qui interagissent ensemble, facétieusement – leur présence conjointe, haute en couleur et muette, ne racontant cependant jamais rien. Ce théâtre immobile et silencieux, ce théâtre intérieur donc, est-ce aussi un théâtre d’opérette ?

Les univers d’Anne Breton et d’Alexis Nivelle, bien que singuliers, sont reliés entre eux et le regardeur attentif le perçoit très rapidement. Reliés par des croisements délibérés et par des conjonctions formelles occasionnelles, bien sûr. Mais aussi, plus profondément et sans doute de façon inconsciente, par l’appartenance à un même type de sensibilité. Une sensibilité commune de type chtonienne
(1) peut-être ? Formulons cette hypothèse… Cette sensibilité se caractériserait, selon Jean-Louis Chanéac (architecte et peintre de formation), par un goût pour les mondes souterrains et subaquatiques et par un attrait pour les courbes, les formes libres, l’hybridation et la rêverie. Par une certaine inclination, également partagée par nos deux artistes, pour l’expression non bridée des chimères et des fantasmes.

On peut dès lors rêver nous aussi et échafauder, dans cette veine, une généalogie saugrenue, un panthéon chtonien, avec quelques Grands Anciens : Hilma af Klint, Jean Arp, Eva Hesse ou Ken Price – entre autres… Autant d’artistes, adeptes d’une forme de recherche fondamentale et intuitive, flirtant avec le fantastique et composant comme une famille atemporelle d’excentriques. Une tribu d’individus qui, instinctivement, se dégagent des carcans de la raison instrumentale et de la complaisance docile envers la réalité pour vivre enfin, ailleurs… Dans l’océan, dans la nuit, dans l’Ovoïde. - Élise Vaxellin



(1) S’inscrivant dans la « contre-architecture des artistes » décrite par Michel Ragon, et à laquelle se rattachent également les réalisations d’un Jacques Couëlle ou d’un Pierre Székely, Jean-Louis Chanéac a esquissé et défendu cette sensibilité de type chtonienne dans ses écrits. (Jean-Louis Chanéac, Architecture interdite, Éditions du Linteau, 2005)

 

Exposition collective. 30 mai - 29 juin 2024.
Vernissage le jeudi 30 mai 2024, 18h30 - 21h30.
En présence des artistes
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Image ci-dessus :

Anne Breton, Noli me tangere, 2017 & Blow, bloom, bloow, 2019
Alexis Nivelle, Double phylactère, 2023
Crédit photo : Paul Tahon

 

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